
Comment les magasins de produits naturels ont évolué
Les magasins de produits naturels sont nés d’une idée puissante : que l’alimentation soit à la fois une source de nutrition et de guérison. Ils ont été fondés par des personnes passionnées, au service de leurs communautés, qui cherchaient des alternatives aux produits pharmaceutiques et aux aliments hautement transformés. Les étagères étaient autrefois remplies de plantes entières, d’aliments riches en minéraux, d’herbes traditionnelles et de remèdes qui ont nourri l’humanité pendant des milliers d’années. Ces lieux sont devenus des espaces de confiance, en particulier pour celles et ceux qui entamaient leur parcours vers une meilleure santé.
Dans les années 1970, le mouvement de la santé naturelle a émergé en réaction à l’industrialisation de l’alimentation et à une dépendance croissante aux produits pharmaceutiques. Les aliments entiers, les herbes et les remèdes traditionnels en constituaient le cœur. Avec le temps toutefois, les pressions marketing, les recommandations médicales et la demande des consommateurs pour des solutions pratiques ont transformé l’industrie. Les suppléments à très forte dose, les comprimés à croquer aux couleurs vives ainsi que les vitamines et minéraux fabriqués en laboratoire sont devenus plus courants. Bon nombre de ces produits se retrouvent aujourd’hui autant en pharmacie que dans les magasins de produits naturels, souvent présentés dans des bouteilles brunes et étiquetés « naturel ».
Parallèlement, les aliments transformés ont commencé à être enrichis en vitamines synthétiques afin de compenser les nutriments perdus lors du blanchiment, du raffinage et de la cuisson à haute température. Ainsi, la farine blanche, le riz blanc et le sucre raffiné sont dépouillés de leurs nutriments naturels, puis artificiellement enrichis pour répondre aux normes nutritionnelles. Ce cycle crée une apparence de nutrition sans toujours offrir une véritable alimentation nourrissante.
Aujourd’hui, les magasins de prod
uits naturels servent une clientèle très diversifiée. Certains clients sont profondément engagés envers la nutrition issue des aliments entiers. D’autres sont en transition, s’éloignant des produits pharmaceutiques, et ont besoin de formats familiers qui leur semblent sécurisants et accessibles. Pour répondre à cette diversité, les magasins offrent désormais une vaste gamme de produits. Le choix en soi n’est pas le problème.
En tant que chimiste, ce qui me trouble le plus, c’est la facilité avec laquelle des imitations chimiques peuvent se retrouver discrètement à côté d’une véritable nutrition issue des aliments entiers, tout en ayant l’apparence d’un produit tout aussi « naturel ». De nombreuses étagères ressemblent aujourd’hui davantage à un tableau périodique de la chimie qu’à un jardin. Minéraux isolés. Vitamines synthétiques. Molécules uniques arrachées à leur contexte naturel et vendues comme de la nutrition. Les bouteilles brunes et les étiquettes vertes peuvent rassurer, mais la liste d’ingrédients raconte la véritable histoire.
La question n’est donc plus de savoir comment l’industrie a changé, mais comment nous choisissons à l’intérieur de celle-ci.
Avant que les vitamines aient un nom
Pendant des millénaires, les êtres humains ont prospéré sans compter les milligrammes ni avaler de composés isolés. Nous mangions de vrais aliments. Des plantes, des racines, des graines, des fruits, des herbes et des aliments d’origine animale contenant des

milliers de composés interagissant entre eux, que la science ne peut toujours pas expliquer pleinement. Lorsque la nutrition est passée des aliments entiers aux composants isolés, quelque chose d’essentiel s’est perdu. L’alimentation est devenue de la chimie plutôt que de la nutrition. Les chiffres ont remplacé la sagesse.
L’humanité était en santé bien avant que les vitamines aient un nom. Ce que l’on oublie souvent, c’est ceci : les vitamines n’ont pas été inventées. Elles ont été découvertes. L’humanité a survécu et prospéré bien avant que nous leur donnions un nom.

Le concept de « vitamines » a émergé entre la fin des années 1800 et 1949, à la suite d’épidémies de maladies comme le scorbut (qui touchait les personnes lors de longs voyages en mer, privées de fruits et légumes riches en vitamine C) et le béribéri (qui affectait les populations se nourrissant presque exclusivement de riz blanchi, dépourvu de vitamine B1). Les scientifiques ont alors identifié de minuscules composés présents dans les aliments, essentiels pour prévenir ces maladies. Ces découvertes ont été révolutionnaires, mais elles ont aussi marqué un tournant.
Entre 1912 et 1933, la majorité des vitamines ont été isolées à partir des aliments, puis reproduites en laboratoire pour en imiter l’effet. À partir de ce moment, la nutrition a commencé à s’éloigner du savoir alimentaire traditionnel pour entrer dans une approche de plus en plus réductionniste et chimique.
Que sont réellement les vitamines ?

Les vitamines sont des substances essentielles à la vie, nécessaires en petites quantités et définies par leur activité biologique plutôt que par leur structure chimique. Elles n’agissent jamais seules. Dans la nature, elles existent aux côtés d’enzymes, de minéraux traces, de nutriments végétaux, de cofacteurs et de transporteurs qui guident leur absorption et leur fonction.
On distingue deux grandes catégories de vitamines:
1. Les vitamines hydrosolubles, qui comprennent le complexe des vitamines B et la vitamine C.
2. Les vitamines liposolubles, qui comprennent les vitamines A, D, E et K, et qui peuvent être stockées dans les graisses corporelles lorsqu’elles sont consommées en excès.
La majorité des vitamines doivent provenir de l’alimentation, à quelques exceptions près, comme la vitamine D, qui est synthétisée par la peau sous l’effet de l’exposition au soleil. Elle est liposoluble, ce qui signifie qu’elle peut être stockée dans les tissus adipeux et le foie.

Le corps est capable de produire et de stocker une quantité suffisante de vitamine D au printemps, en été et à l’automne pour couvrir les besoins de l’hiver, à condition que l’exposition au soleil ait été adéquate. La vitamine D peut aussi être obtenue par l’alimentation, notamment par la consommation de poissons gras (saumon, truite), d’huiles de foie de poisson, de jaunes d’œufs et, pour l’option végétalienne, de champignons exposés aux rayons UV. Sous l’effet des UV, la vitamine D2 est transformée en forme D3.
Il est important de comprendre que la plupart des vitamines existent sous forme de familles et non comme des composés uniques. Par exemple, la vitamine A existe naturellement sous deux formes, le complexe des vitamines B comprend neuf vitamines, la vitamine E en compte huit, et ainsi de suite. Même la vitamine C, qui existe sous une seule forme (L-acide ascorbique), intervient à travers plusieurs étapes des processus métaboliques de l’organisme. Cette complexité ne peut pas être reproduite par une seule molécule isolée.
La vérité sur la nutrition issue des aliments entiers

Les vitamines ont été découvertes il y a moins d’un siècle. Bien avant cela, la nutrition issue des aliments entiers a soutenu l’humanité pendant des milliers d’années. Dans la nature, les vitamines n’agissent jamais de façon isolée. Elles fonctionnent au sein d’un système vivant, en interaction avec les minéraux, les enzymes, les antioxydants et les nutriments végétaux.
Les vitamines synthétiques ou isolées peuvent répondre à des critères chiffrés, mais elles n’offrent pas l’intelligence biologique présente dans les aliments. Dans certains cas, des doses élevées peuvent même augmenter les risques de toxicité sans apporter de véritables bénéfices pour la santé.
Il n’est pas réaliste d’avoir accès à toutes les plantes nutritives anciennes et éprouvées à l’état frais. Des racines comme l’ashwagandha biologique ou le shatavari ne poussent pas partout. Des plantes comme le moringa ou le graviola proviennent souvent de régions tropicales éloignées de nos lieux de vie. Dans ces situations, les suppléments à base d’aliments entiers jouent un rôle important. L’essentiel réside dans la façon dont ils sont préparés.
Choisissez des formes naturelles, entières et non extraites chaque fois que possible. Qu’elles soient fraîches ou doucement séchées, des plantes comme les feuilles de moringa ou de graviola conservent leurs cofacteurs naturels lorsqu’elles sont peu transformées. Les poudres et les capsules fabriquées à partir de la plante entière préservent beaucoup plus d’intelligence nutritionnelle que les extraits isolés ou les versions synthétiques.
Les suppléments à base d’aliments entiers ne sont pas des raccourcis. Ils représentent une façon pratique de rester connecté à la nutrition traditionnelle dans un monde moderne.
Note sur l’irradiation des suppléments naturels
Au Canada, l’irradiation des aliments, notamment des noix, des herbes et des suppléments naturels, est permise et acceptée par Santé Canada comme méthode de réduction de la contamination microbienne dans les produits de santé naturels. Il s’agit d’une pratique courante dans l’industrie de la santé naturelle. Toutefois, cette méthode n’a pas l’obligation d’être indiquée sur les étiquettes, ce qui signifie que la majorité des consommateurs ignorent lorsque l’irradiation a été utilisée.
Par exemple, l’irradiation gamma utilise des rayonnements à haute énergie pour stériliser les matières végétales. Bien qu’elle soit efficace pour réduire les microbes, elle ne fait pas la distinction entre les organismes nuisibles et les composés bénéfiques des plantes. Des nutriments végétaux sensibles, des antioxydants, des enzymes et des constituants médicinaux peuvent être dégradés ou altérés sur le plan structurel au cours de ce processus.
En tant que chimiste et formulatrice, c’est un choix que je prends très au sérieux. Bien que l’irradiation puisse améliorer la stabilité en tablette, elle peut compromettre les nutriments et les propriétés médicinales mêmes que les gens recherchent dans les plantes entières. Pour cette raison, je n’autorise pas l’irradiation gamma dans les suppléments que je formule. Je privilégie un approvisionnement rigoureux, un séchage doux et des méthodes de manipulation respectueuses qui préservent l’intégrité et la vitalité de la plante.
La véritable nutrition issue des aliments entiers ne se résume pas à ce qui est inscrit sur l’étiquette. Elle dépend aussi de la façon dont la plante a été traitée bien avant d’arriver dans le flacon.
Pourquoi lire les étiquettes est plus important que jamais
De nombreux suppléments contiennent des « autres ingrédients médicinaux » ou des « ingrédients non médicinaux » qui ne sont pas des aliments. Parmi les additifs chimiques couramment utilisés pour remplir ou fabriquer des capsules, on retrouve le stéarate de magnésium, la cellulose microcristalline et le dioxyde de silicium ou la silice.
Ces substances sont ajoutées pour faciliter la fabrication, et non pour leur valeur nutritionnelle. Elles diluent le supplément et introduisent des composés dont le corps n’a pas besoin. Lire l’étiquette est l’un des meilleurs moyens de se protéger.
Capsules plutôt que comprimés pour une raison simple
Si vous menez une vie bien remplie et craignez de retomber dans de mauvaises habitudes, les suppléments peuvent aider à maintenir une certaine constance. Toutefois, la forme du produit compte. Les capsules pures sont généralement préférables aux comprimés. Les comprimés nécessitent des liants, des colles, des enrobages et des agents de durcissement pour conserver leur forme. Cela les rend plus difficiles à dégrader et entraîne souvent l’ajout de substances chimiques supplémentaires. Les capsules, lorsqu’elles sont bien conçues, permettent une libération plus douce de leur contenu, plus proche de la façon dont les aliments sont digérés.
Choisissez des capsules fabriquées à partir de matériaux propres et minimalistes, et remplies uniquement d’ingrédients issus d’aliments entiers.
Le choix est au cœur de la santé naturelle

Les magasins de produits naturels offrent des options. Certaines sections répondent aux besoins de transition et de commodité. D’autres restent profondément ancrées dans la sagesse des aliments entiers. La responsabilité et le pouvoir nous appartiennent, à nous les consommateurs.
- Lisez les étiquettes.
- Choisissez des sections axées sur des aliments entiers, non extraits.
- Privilégiez les poudres lorsque vous avez le temps, et les capsules lorsque la constance est essentielle.
- Posez des questions et restez curieux.
La nutrition issue des aliments entiers fonctionne parce que le corps la reconnaît. Il sait comment l’utiliser.
Un appel à l’action
Choisissez une nutrition qui respecte la complexité de la vie. Regardez au-delà du langage marketing. Lisez attentivement les listes d’ingrédients. Privilégiez les aliments entiers plutôt que les nutriments isolés.
Soutenez les marques et les produits qui honorent la nature plutôt que de l’imiter. La santé n’a jamais été destinée à être fabriquée.
Elle est faite pour être nourrie, patiemment et avec sagesse, un choix conscient à la fois.
Amina Badar, chimiste médicinale et fondatrice de Nia Pure Nature et Piur1 

